Pourquoi j’évite de trop m’informer ?

« On est entouré par tellement d’informations qui paraissent importantes, qu’on se sent débordé par la pression sans fin de toujours rester à la page » – Nicolas Carr

Pendant longtemps, l’information était une ressource plutôt rare et y avoir accès était un vrai défi.
Mais aujourd’hui, grâce aux technologies, aux médias, à internet, aux smartphones, nous avons un accès continu à une quantité gigantesque d’informations.
Nous pouvons suivre les actualités n’importe quand, en sortant notre smartphone ou en allumant la TV.

En moyenne, en Europe, les téléspectateurs regardent 3h55 de télévision par jour (étude Eurodata TV Worldwide en 2015). La consultation « d’informations » sur les téléphones est aussi en pleine croissance, il suffit de regarder autour de soi.

J’étais un gros consommateur, même si j’étais encore loin de la moyenne européenne. Mais je regardais presque tous les jours un journal télévisé et je lisais le journal en ligne.
Et comme si ce n’était déjà pas assez, quand j’avais un temps mort dans la journée, en faisant la queue ou en attendant quelqu’un, j’actualisais encore une fois mes fils d’actualités sur les réseaux sociaux et agrégateurs de news.
Je rentrais de plus en plus dans une consommation compulsive, à chercher la dernière news, à vouloir être au courant le plus possible et le plus vite possible.
Je passais trop de temps à suivre des histoires sur des évènements qui ne m’affectaient que très peu et sur des gens que je ne croisais jamais dans la réalité.
Puis j’ai décidé d’essayer de réduire ma consommation de news, de TV et de smartphone.
Et je me suis rendu compte de nombreux changements.

Pourquoi moins s’informer ?

Bien sûr tout n’est pas à jeter, c’est bien l’abus qui peut poser problème. Et en limitant l’abus je me suis rendu compte des bénéfices suivants :

Beaucoup plus de positivité

Pour capter le temps d’attention, les informations doivent susciter des émotions. Et les émotions négatives sont celles qui attirent le plus le spectateur : nous avons un biais de négativité qui fait que nous sommes plus touchés par ce qui nous fait peur ou nous énerve. Ce n’est donc pas étonnant qu’en lisant les news, nous ayons l’impression d’être entourés de grands dangers imminents.
La représentation du monde par les actualités est très éloignée de la réalité. Les faits sélectionnés par les rédacteurs doivent être extraordinaires, créer des émotions et pouvoir « buzzer ». Comment imaginer pouvoir avoir une représentation réelle du monde à travers ce prisme ?

« Plutôt que d’utiliser calmement la raison, la télévision utilise souvent la peur pour faire passer ses messages. C’est l’un des moyens les plus puissants pour attirer l’attention du public. Mais pourquoi? […] Nos réponses à la peur sont régies par une petite partie du cerveau, nommée l’amygdale, une sorte de noyau primitif au-delà de la portée de l’intellect humain. Le but de l’amygdale est de nous protéger. On est censé être stimulé lorsqu’on est confronté à un bruit fort ou à un mouvement soudain, parce que ça pourrait être un lion qui saute pour nous attaquer. C’est pourquoi il est presque impossible d’ignorer tout ce qui semble être une menace – qu’il s’agisse d’un lion ou d’une actualité effrayante… » – Noam Chomsky

N’est-ce pas mieux pour notre équilibre d’avoir une vision positive sur notre univers, notre quotidien ?

Mieux distinguer les informations vraiment utiles

En regardant les actualités, j’avais l’impression d’acquérir une meilleure compréhension et connaissance du monde. Mais en réalité c’était le contraire. La très grande majorité des informations est inutile (le bruit) et une minuscule minorité est vraiment utile (le signal). Forcément, il ne se passe pas tout le temps des choses vraiment importantes pour nous, or il faut bien vendre les publicités et remplir les journaux.

Si on regarde quotidiennement les informations, on va cumuler de plus en plus de bruit, se saturer d’informations.
Nous avons une capacité limitée concernant le nombre d’informations que nous pouvons traiter et garder en mémoire.
La surabondance de bruit nous fait alors perdre notre capacité à filtrer les informations utiles et nous fait très vite oublier les sujets et passer d’une affaire à l’autre, d’un scandale à l’autre.

Or en suivant moins souvent les actualités, nous sommes moins saturés et nous pouvons mieux percevoir les informations importantes. Et filtrer le reste, le bruit.

« Nous pensons que si nous consommons plus d’informations, nous consommerons plus de signal. Or notre cerveau ne fonctionne pas comme ça. Lorsque le volume d’informations augmente, notre capacité à distinguer le pertinent du superflu est compromise. Nous mettons alors trop l’accent sur des données non pertinentes et perdons de vue ce qui est vraiment important » – Shane Parrish

Meilleur esprit critique

Les informations de masse nous présentent des éléments superficiels et simplifiés. D’autres ont réfléchi pour nous, et nous mangeons ces opinions prémâchées. Je pensais donc avoir une opinion personnelle dans plein de domaines, que ce soit sur la politique, l’économie, l’histoire, la culture, etc.
En plus, les gens avec qui je parlais avaient les mêmes sources. Donc nous étions souvent tous d’accord et rarement confrontés à une vision différente. Et quand la vision différente apparaissait, elle nous paraissait totalement incompréhensible. Comment était-il possible de ne pas être d’accord avec la grande majorité, avec la somme de toutes les voix que nous écoutions ou lisions ? Avec tous les gens qui avaient les mêmes sources que nous ? Ce n’était même pas conscient.

« L’ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit » – Aristote.

Or, quand j’ai limité ma consommation d’informations « low cost », en prenant le temps de lire des livres ou des articles de fond, plus détaillés, je me suis rendu compte que la réalité est en général beaucoup plus complexe.
Plutôt que de courir après la quantité d’informations, prendre le temps de creuser des sujets profondément donne une vision totalement différente et bien plus riche que la vision des médias de masse.
Pour travailler son esprit critique, il faut faire l’effort de lire des sources d’opinions différentes, faire sa propre synthèse et ses propres réflexions. Et surtout accepter de ne pas savoir, de remettre en cause ses convictions.
Et c’est assez révélateur ensuite d’entendre la conversation des gens qui peuvent avoir des positions très fortes sur certains sujets qu’ils ne connaissaient même pas deux jours avant, en ayant entendu parler du sujet seulement 3 minutes à la télévision.

Augmentation de la capacité à être attentif

Chaque jour, nous avons un temps d’attention et de concentration limité. Ces activités demandent de l’énergie, qui n’est pas une ressource infinie (tout comme le temps).
En limitant ma consultation d’information, en arrêtant de vérifier les nouveautés à chaque pause de la journée, j’ai vraiment ressenti une augmentation de ma capacité à être attentif et me concentrer sur les autres aspects de ma vie. C’est incroyable de se rendre compte de la quantité d’énergie qui partait en fumée.

De plus, quand le surplus d’information diminue dans nos têtes, il y a mécaniquement de l’espace qui devient disponible. De l’espace qui nous permet d’avoir une vision plus claire, qui nous permet de ralentir par moment pour observer le monde.

Libération de la crainte de ne pas être au courant

En écoutant les informations, j’avais l’impression d’accomplir un devoir, celui d’être au courant et de savoir ce qui se passe dans le monde. Or, après plusieurs mois sans, je me suis rendu compte que je n’avais rien perdu. Les informations importantes trouvent toujours le moyen d’arriver à nous. Et si une information m’intéressait vraiment, j’étais libre de creuser.
Combien de fois des informations ont réellement eu un impact sur nous ? Combien de fois avons-nous eu besoin d’agir en urgence suite à une information ?

Moins d’exposition à la publicité – Moins de création de désirs d’achat

Nous avons tendance à croire que nous ne sommes pas vulnérables à la publicité, que ça ne marche que pour les autres. Mais si c’était le cas, pourquoi les entreprises dépenseraient 500 milliards de dollar par an (soit le deuxième budget mondial après la défense) en publicité ? C’est bien sûr très efficace, et sur nous tous. Les publicitaires payent notre temps de cerveau disponible, et nous introduisent des émotions et des désirs de consommation.

Gain de temps

Bien sûr c’est évident, en éteignant la TV plus souvent et en limitant la lecture des news, on gagne du temps. Or nous sommes nombreux à nous plaindre du manque de temps pour accomplir nos projets, accomplir nos rêves. Ou tout simplement pour pouvoir décompresser et se ressourcer.

Mais comment bien s’informer ?

Avant tout, il faut réaliser que les informations importantes ont toujours le moyen d’arriver à nous, via nos connaissances. Nous pouvons donc nous libérer de la peur de passer à côté des urgences, de ne plus être à la page.

Pour bien s’informer, la première étape est de libérer de l’espace en limitant très fortement la quantité et en privilégiant la qualité.

Et pour s’informer avec des sources de qualité, sur les sujets qui nous intéressent, nous pouvons :

  • Lire des analyses détaillées, qui sortent souvent bien après l’évènement en question et les jours de feuilleton de pseudo-analyse avec les mêmes images et les mêmes phrases qui passent en boucle. Lire une analyse détaillée, quelques jours ou semaines après l’évènement, prend du temps, mais bien moins que de suivre en temps réel l’évènement alors que personne n’a encore pu prendre le recul nécessaire pour avoir une vraie opinion.
  • Regarder des vrais débats de fonds entre des interlocuteurs aux opinions différentes, et réfléchir pour se faire sa propre opinion. Réellement écouter le discours des « méchants » et les voix dissidentes est une manière de solidifier ou remettre en question nos opinions.
  • Lire des livres sur les sujets qui nous intéressent vraiment. En lisant 2 livres sur un sujet, on est déjà bien plus informé que 99% du grand public. Alors qu’en regardant les news pendant des années, on a qu’une vue partielle et distante sur des milliers d’histoires qui ne sont souvent plus d’actualité assez rapidement.
  • Débattre, avec l’esprit ouvert. En essayant vraiment de comprendre l’opinion de l’autre et d’aller au-delà de la surface du sujet (en questionnant les axiomes du raisonnement de notre partenaire).

Mais avons-nous vraiment besoin d’être au courant de tout et d’avoir une opinion sur tout ?
Ce n’est pas possible ni recommandable.

« Je ne me permets jamais d’avoir une opinion forte sur un sujet si je ne connais pas les arguments des camps opposés mieux qu’eux-mêmes » — Charles Munger

Changer ses habitudes, libérer du temps

Pour ma part, j’ai commencé par :

  • Arrêter de regarder les journaux télévisés et la majorité des émissions télévisuelles « d’actualité ».
  • Arrêter la lecture des journaux en ligne, hors période d’actualité vraiment particulière ou sur des sujets très précis.
  • Très fortement limiter la consultation des fils d’actualité sur les réseaux sociaux, qui sont de formidables outils pour rester en contact, mais dont l’abus est néfaste.
  • Prendre le temps d’identifier les sources pertinentes et de lire ou regarder des analyses détaillées sur les sujets qui m’intéressent et de me construire mon opinion à partir des différents points de vue.

Bien sûr, je ne dis pas que toute utilisation de la télévision est néfaste, ou que toute source d’information est néfaste !
Je continue à regarder des films, séries ou émissions de qualité qui m’intéressent et à lire des articles de fond. Mais avec parcimonie et plus d’exigence sur la qualité.

Et avec le gain de temps, d’énergie, d’attention et de positivité que faire ?
Pourquoi pas arrêter de penser que nous n’avons pas le temps pour faire les choses qui comptent pour nous et qui peuvent nous épanouir ?

« Peu de choses sont aussi importantes pour notre qualité de vie que nos choix sur la manière de dépenser la précieuse ressource qu’est notre temps libre » – W. Gallagher

2 pensées sur “Pourquoi j’évite de trop m’informer ?”

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